SOS Vanier ne répond plus

J’ai souligné dans deux articles précédents les enjeux qui ont malheureusement échappé au collectif SOS Vanier depuis sa création, il y a un an : la responsabilité (éthique et administrative) de la Ville d’Ottawa et des élus; la revitalisation du chemin de Montréal; la cause francophone. On pourrait aussi ajouter la défense active des droits autochtones, en particulier celui de la liberté de religion.

Comme j’expliquais dans mes articles, le leadership de SOS Vanier a décidé de focaliser le débat sur l’enjeu relatif aux politiques sociales, en particulier l’approche Logement d’Abord, lequel enjeu est évidemment tout à fait légitime.

Cela dit, il y a un enjeu encore plus profond que les partisans du mouvement doivent maintenant résoudre : celui de la représentativité. Et, sous-jacent, l’enjeu de la légitimité des actions juridiques et politiques du mouvement.

Comme vous le savez, SOS Vanier est un collectif citoyen. Ce regroupement est né spontanément du sentiment d’outrage et de l’inquiétude des résidents de Vanier à l’annonce surprise de l’établissement d’un méga refuge de l’Armée du Salut sur le chemin de Montréal. Mais SOS Vanier, de quoi s’agit-il au fait? Comment ce regroupement est-il structuré ou organisé? De qui relève-t-il? Comment prend-il ses orientations et décisions?

À ma connaissance, le collectif n’est pas une entité juridique, c’est-à-dire n’est pas une association, une personne morale ou une société. Il s’agit essentiellement d’un logo, d’un groupe Facebook et d’un compte Twitter (très peu utilisé). Ces outils de communication appartiennent à un individu, que tout le monde connaît, qui a courageusement pris sur ses épaules la défense du quartier quand cela importait le plus. Je sais aussi que, depuis la décision du conseil municipal, un autre individu remarquable a décidé d’agir comme chef ou gestionnaire de campagne, notamment pour la levée de fonds. 

En ce qui concerne les finances du mouvement, je ne sais pas s’il existe un comité de surveillance ou un contrôleur. Je crois savoir qu’il y a un compte bancaire pour déposer les fonds de SOS Vanier, mais je n’ai aucune idée s’il s’agit d’un compte en fidéicommis.

À part cela, il y a des discussions informelles au sein d’au moins un groupe de clavardage sur Facebook Messenger pour les administrateurs bénévoles du site Facebook. Ceux-ci ont essentiellement pour tâche de surveiller les publications et, au besoin, avec les instructions du titulaire du compte, de maintenir le décorum et, surtout, la “ligne éditoriale” concernant la priorité déclarée du groupe, l’approche Logement d’Abord. 

Sinon, SOS Vanier, eh bien c’est le coeur et l’énergie des résidents bénévoles, des gens ordinaires tout à fait remarquables et passionnés qui organisent les activités, participent aux événements, disséminent l’information, etc. 

Ce dont je suis moins certain, toutefois, c’est de la place occupée dans le mouvement par ceux qui ont porté la cause en appel à la C.A.M.O. En d’autres mots, du lien entre le mouvement populaire comme tel, et ceux qui sont représentés par un avocat. Car il ne faut pas se leurrer, depuis la décision de la Ville d’Ottawa en novembre dernier, SOS Vanier est devenu un regroupement dont l’objectif principal, désormais, est la levée de fonds pour assumer les frais de cet appel à la C.A.M.O. Il y a bien l’objectif de changer les politiques sociales de la Ville en matière de logement et d’itinérance, un objectif plus politique (j’y reviendrai…), mais la levée de fonds est devenu l’objectif central pour renverser la décision scandaleuse de la Ville d’Ottawa.

Ma préoccupation, depuis plusieurs semaines, est la suivante: comment le lien entre SOS Vanier, comme collectif citoyen, et les clients de l’avocat, qui ont porté la cause en appel, pourrait-il devenir plus productif, c’est-à-dire plus transparent et représentatif? En d’autres mots, comment peut-on s’assurer que ceux qui ont le levier juridique dans cette affaire (le statut d’appelant), et le levier économique (les fonds recueillis), restent à l’écoute des préoccupations des citoyens de Vanier et, aussi, s’assurent de gérer les fonds et de prendre des décisions de façon responsable et transparente? Après tout, nous reprochons à l’Armée du Salut d’avoir tramé les choses en secret dans les couloirs et officines de l’hôtel de ville. Ne devrions-nous pas, par principe, procéder avec la plus grande ouverture et transparence envers les citoyens qui appuient la cause avec leur temps, leur argent et leur énergie? 

Évidemment, il y a les limites de ce qui relève du secret professionnel ou de la stratégie juridique proprement dite. Mais puisque la cause vise non seulement la question technique des modifications au plan officiel et règlement de zonage, mais aussi celle de la défense du quartier contre la ghettoïsation, la ségrégation économique et l’assimilation culturelle, et qu’un lien organique existe de facto entre la population (par ex: les 1,300 membres du site Facebook) et les appelants (cinq personnes ou entités) – lequel lien existe à travers les discussions, les événements et la levée de fonds -, il doit absolument y avoir, selon moi, un mécanisme formel pour permettre les consultations et la prise de décision sur les orientations politiques ou juridiques.

Ce mécanisme, malheureusement, n’existe pas.

À ma connaissance, SOS Vanier n’a aucune instance consultative formelle en place afin de consulter les membres du groupe ou les citoyens de Vanier. Par ailleurs, à ma connaissance, aucun rapport n’a été publié ou communiqué aux citoyens concernant la gestion des fonds. Nous n’avons pour l’instant qu’une vague idée du niveau atteint sur un « thermomètre ». Nous n’avons pas non plus de rapport détaillé sur les progrès de la cause juridique, par exemple à propos de la signature d’une entente avec la Ville récemment ou la participation d’un leader à un comité consultatif (bidon) de la Ville le 17 avril dernier.

Au simple plan financier, cette situation est dangereuse et nous devons, individuellement et collectivement, exprimer notre inquiétude à ce sujet et en parler avec les personnes intéressées.

Au plan politique, une telle discussion doit également avoir lieu collectivement. À cet égard, il y a aussi plusieurs raisons d’être inquiet. 

D’abord, l’appui public sans équivoque donné par au moins un leader de SOS Vanier au candidat Mathieu Fleury lors du lancement de sa campagne, comporte un risque de division énorme. J’ai personnellement demandé que la copie vidéo du discours en question, publiée par un membre ordinaire du groupe, soit retirée du site Facebook. Je pense en effet que ce discours, ou du moins sa publication sur le site, risque de diviser le mouvement dont les membres n’ont pas tous la même allégeance. (Pour ma part, je considère qu’il s’agit d’un tour de force absolument exceptionnel du candidat Fleury qu’il ait obtenu un tel appui alors qu’il porte, dans une large mesure, la responsabilité du fiasco).

Donc, au-delà des désaccords politiques et manoeuvres machiavéliques, ce qui importe le plus, ici, c’est l’impact de toute tentative de récupération politique sur la solidarité citoyenne qui s’est créée à Vanier. Et, malheureusement, nous n’avons rien, aucun mécanisme, pour amortir cet impact.

Ensuite, une autre raison d’être inquiet, c’est le fossé qui grandit entre la cause des francophones de Vanier – dont l’avenir est affecté par le projet de refuge – et la cause des parties qui contrôlent les leviers de l’appel à la C.A.M.O. Ce printemps, une voisine et moi avons tenté d’engager un avocat spécialisé dans les causes linguistiques afin qu’il nous aide à soulever l’argument de la protection de la minorité francophone de Vanier. Quand nous avons approché une des parties à l’appel pour établir une alliance entre bureaux d’avocats, notamment pour accéder au fonds de défense juridique, nous avons reçu son engagement qu’elle appuierait notre cause au moment opportun. Cependant, cette assurance semble maintenant s’évanouir. Depuis notre tentative, lorsque nous tentons d’obtenir une réponse plus formelle à ce sujet, et ce afin de commencer sans tarder le travail de preuve et de stratégie considérable qui s’impose, eh bien c’est le silence. « SOS Vanier » ne répond plus.

Il s’avère donc impératif, pour le bien de notre cause et nos chances de transformer le mouvement SOS Vanier en un mouvement représentatif et capable de défendre et transformer le quartier Vanier, qu’une discussion ait lieu sur la responsabilité, la légitimité et la représentativité. Je souhaite ardemment qu’un mécanisme consultatif formel – qui ne soit pas le site Facebook – soit établi afin de rendre compte des activités mais aussi de prendre le pouls de la population et, si possible, débattre et recevoir une forme d’appui solide sur les enjeux qui seront défendus tant dans les instances judiciaires, que les instances politiques.

Considérant la somme d’argent importante qui sera remise à l’avocat pour notre défense, considérant aussi la période électoral qui commence, ce mécanisme doit voir le jour. Je le dis pour le bien de notre regroupement. Soyons vigilants!

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