Un conseiller sur papier – Le domicile de Mathieu Fleury dans le Quartier 11

Plusieurs ont remarqué que le conseiller Mathieu Fleury n’habite pas dans le district 12, le district électoral qu’il représente. Cela représente-il un problème? Est-ce qu’un conseiller qui représente des électeurs devrait vivre dans le même district que ceux-ci?

Comme vous le savez sans doute, le district 12 est constitué des quartiers Vanier, Côte-de-Sable et Basse-Ville. Pourtant, le conseiller municipal et actuel candidat Mathieu Fleury n’habite aucun de ceux-ci. Selon un document public obtenu du Bureau des élections de la Ville d’Ottawa – la “déclaration de candidature” (ci-jointe) – il habite sur la rue privée Burleigh dans le district 11, Beacon Hill-Cyrville.

En soi, je veux dire techniquement, cela ne pose pas de problème puisque la condition pour poser sa candidature à un poste de conseiller municipal à Ottawa est de résider à Ottawa ou d’y posséder ou d’y louer un terrain.

Il y a toutefois une marge entre des conditions techniques et les critères de moralité politique. Pour une illustration éloquente de ce point, vous n’avez qu’à lire les commentaires des candidats sortants au sujet de cette question dans le questionnaire électoral de la CBC. Tous les candidats sortants, sauf Mathieu Fleury et Diane Deans, habitent leur district électoral. Et tous les candidats qui habitent leur quartier expriment fièrement leur appartenance à leur district, tandis que Fleury et Deans se défendent difficilement de ne pas y vivre. Cela doit donc vouloir dire quelque chose…

Selon moi, la résidence dans le district de ses électeurs pourrait même signifier, politiquement, être légitime ou non au plan politique.

Dans la réponse de Diane Deans, celle-ci insiste notamment pour dire qu’elle habite sur la frontière de son district. Elle semble ainsi chercher une façon d’y appartenir en le touchant du bout du pied.

Dans le cas de Mathieu Fleury, c’est plus compliqué. En fait, dans une réponse réellement tortueuse, nous constatons encore une fois sa propension à masquer la vérité.  On peut facilement y trouver trois ou quatre réponses fallacieuses qui, au mieux, sont des demi-vérités, au pire des mensonges.

Il affirme vivre physiquement à “3 rues” en dehors de la limite géographique du district. Cependant, en faisant une rapide recherche avec Google Maps, on découvre que sa résidence sur privé Burleigh dans Cyrville se trouve en fait à 1.8 km en voiture de la limite la plus proche du district (nous avons compté au moins 15 coins de rue).

1.8 km dans un milieu urbain, c’est énorme. À titre d’exemple, c’est plus que la distance qui sépare l’intersection des rues Marier et Pères-Blancs, à Vanier, du collège Ashbury dans Rockliffe Park. Imaginez un résident de Rockliffe qui se présenterait comme candidat dans Vanier! 

On notera aussi que pour aller de son lieu de résidence dans le district 11 jusqu’au district 12 qu’il représente, le conseiller Fleury doit traverser un autre district, le district 13. Pour prendre une image de la généalogie, on dira qu’il est “twice removed” du district qu’il représente.

Une autre fausseté est sa constante référence au passé. Il insiste pour dire qu’il a grandi dans le quartier. De ses origines et de son passé, il fait toutefois un saut qualitatif remarquable en disant: “I do not feel out of touch nor less engaged with my community as it is where I grew up and continue to live my life”. Sérieusement?

On notera d’abord que Mathieu Fleury a son bureau de district à l’Hôtel de Ville et que pour s’y rendre, comme il aime le vélo, il emprunte probablement la rue Donald et le pont Adawe dans le quartier Overbrook. (Le même pont Adawe qu’il présente comme l’une de ses réalisations dans le quartier Vanier…)

Comment peut-on sincèrement prétendre représenter les intérêts de ses constituants de son quartier d’origine si on peut se rendre à son boulot sans même traverser le quartier? Il serait aussi intéressant de savoir où M. Fleury fait son épicerie et s’il fait parfois ses achats sur le chemin de Montréal.

Enfin, la plus grande fausseté de sa réponse est sans doute celle-ci, une pure merveille provenant d’un conseiller municipal: “The ward limitations are only drawn out on paper”.

Comment un candidat sérieux et conseiller de huit ans d’expérience peut-il affirmer une chose comme celle-là?! Les districts électoraux n’ont donc aucune valeur politique ou même juridique? À ce compte, Mathieu Fleury représente-il aussi les intérêts des électeurs du district 11 où il réside? Ou ceux du district 13 qu’il doit traverser en vélo pour se rendre à son travail à l’hôtel de ville? Dire que les limites de son district ne valent que le papier sur lequel elles sont écrites, c’est tout simplement affirmer qu’un vote n’est pas un vote, que le vote d’un résident du district 12 n’a aucune importance. C’est tout simplement stupéfiant.

Voilà donc dans quelle situation le conseiller Fleury se trouve et celle dans laquelle il veut encore se mettre en se portant candidat dans le district 12. La question maintenant est de savoir pourquoi il n’a pas le courage de se présenter dans le district où il habite ou encore de déménager dans le quartier qu’il représente et dont il est si fier, le quartier Vanier.

Voilà, une fois de plus, un bel exemple de “squattage” politique dont Mathieu Fleury semble être l’expert. La question essentielle que les électeurs devront maintenant se poser, surtout les électeurs de Vanier qui subissent les conséquences d’une inaction néfaste de leur conseiller et d’une décision désastreuse de la Ville d’Ottawa, c’est la suivante…

Si le candidat n’a pas le courage de vivre dans le district 12 ou n’y possède aucune propriété ou bail, ou même n’y a établi son bureau, comment peut-il prétendre représenter les intérêts de Vanier? Comment peut-il comprendre personnellement  – quand il est chez lui ou dans le cadre de prises de décision – l’inquiétude des résidents de Vanier face au manque de sécurité, aux problèmes de transport en commun, aux impacts sociaux d’un refuge, etc.?

Doit-il toujours imaginer au passé son identité vaniéroise pour la représenter au présent et dans l’avenir?

Un conseiller qui n’a pas ses racines bien plantées au quotidien dans la vie de ses constituants est un conseiller qui n’a aucune assise politique légitime.

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