Le problème de vision de la Ville d’Ottawa – Pourquoi le projet de revitalisation du chemin de Montréal n’inclut pas le refuge de l’Armée du Salut?

La Ville d’Ottawa vient d’annoncer, notamment dans son dernier bulletin électronique des « Bâtisseurs de la Ville », qu’elle lance l’initiative « Vision Vanier ». La Ville y explique, de même que sur son site web, qu’elle regroupe sous cette bannière « un certain nombre de projets qui ont pour objectif commun d’améliorer le dynamisme et l’habitabilité à Vanier ». Plusieurs dans la communauté on noté que ces projets, au nombre de cinq, n’inclut pas le « community hub » de l’Armée du Salut. Cette omission est, pour tout dire, remarquable. 

L’omission est remarquable, en effet, parce que ce projet d’envergure qu’on nous annonça comme la planche de salut du chemin de Montréal ne peut raisonnablement être ignoré par la Ville dans ses discussions sur la revitalisation de Vanier. Discuter de la revitalisation d’une rue commerciale d’à peine 2 kilomètres sans considérer l’impact d’une installation de taille hospitalière de plus de 350 lits, c’est tout simplement ignorer l’éléphant qui s’est installé dans sa cour. Ça dénote un manque de sincérité ou, ironiquement, un manque de « vision » justement.

La Ville d’Ottawa souffre d’un trouble de vision en ce qui concerne Vanier, ça ne fait pour aucun doute. Le trouble est réel, il pourrait être grave au point même de l’aveuglement. J’en donne un exemple… 

Je me suis impliqué ces derniers mois dans les consultations menées par la Ville dans le cadre du projet de « revitalisation du chemin de Montréal », l’une des cinq initiatives de « Vision Vanier ». Ce projet d’environ 20 millions de dollars, qui vise à remplacer l’infrastructure urbaine du chemin de Montréal, prévoit « construire une rue principale dynamique et accueillante dotée d’un réseau de transport équilibré qui permettra aux résidents et aux commerces de prospérer ». Les premières consultations publiques ont eu lieu au printemps 2017, l’étude de planification fonctionnelle fut finalisée à l’été 2017, et le projet lancé officiellement novembre 2017.

Vous noterez que novembre 2017, c’est le mois de l’approbation du refuge de l’Armée du Salut sur le chemin de Montréal. Vous noterez aussi que l’étude de planification fonctionnelle, c’est-à-dire l’étude qui permet de déterminer, notamment, le nombre de voies pour les automobiles, le transport en commun et les vélos, ou la largeur des trottoirs, fut finalisée après la dépôt de la demande de l’Armée du Salut. Il n’y a pas de doute possible : le projet de « revitalisation » pouvait tenir compte du plan de la Ville d’Ottawa d’autoriser un refuge de cette taille sur le chemin de Montréal. Autrement dit, la perspective du refuge pouvait être considérée dans le cadre du projet de revitalisation, être intégrée dans les calculs savants des ingénieurs et planificateurs de la Ville, pouvait faire partie d’un grand plan d’ensemble.

Donc, dans le courant de l’hiver et du printemps, j’ai rencontré et aussi échangé par courriels avec les fonctionnaires, en impliquant toujours le conseiller Fleury, afin de savoir si le projet de revitalisation allait tenir compte de la décision récente du conseil municipal à l’égard du refuge. En particulier, je voulais confirmer si la modification du plan officiel et du plan secondaire du chemin de Montréal, pour permettre le refuge, avait changé les résultats de l’étude de planification fonctionnelle. Un fonctionnaire m’avait expliqué que le projet de revitalisation devait effectivement respecter le plan officiel. 

Bref, je voulais aller au fond des choses… Est-ce qu’on allait élargir les trottoirs? Est-ce qu’on allait ajouter une voie pour le transport en commun? Qu’en serait-il des pistes cyclables: est-ce qu’elles pourraient représenter un risque plus grand pour les piétons dans le contexte de flânage sur les trottoirs, par exemple? Est-ce que la décision de ne prévoir qu’une voie de circulation vers l’Est allait être révisée afin de permettre aux véhicules d’urgence d’accéder plus facilement à l’hôpital Montfort? Etc.

Après plusieurs courriels, une insistance qui frôlait l’obstination, j’ai finalement obtenu une brève réponse d’une ingénieure. Non, il n’était pas question de réviser l’étude de planification fonctionnelle. La raison? Parce que la demande d’aménagement de l’Armée du Salut avait été déposée après la première consultation en mars 2017 et qu’un brouillon d’étude fonctionnelle était alors en circulation. Une étude de l’Armée du Salut concernant les questions de transport, jointe à leur demande, y faisait référence et avait été révisée par le personnel de la Ville dans le cadre de la demande d’aménagement.

En somme, tout le projet de revitalisation du chemin de Montréal, en ce qui concerne plus particulièrement la place du refuge dans ce projet et ses impacts sur notre rue principale, repose sur une analyse commandée par l’Armée du Salut. 

En prenant pour acquis que cette approche soit acceptable (ce qu’elle n’est pas), je suis allé consulter cette analyse commandée par l’Armée du Salut («Transportation Overview ») pour savoir si elle proposait tout de même une perspective intéressante pour le projet de revitalisation. Malheureusement, ce n’est pas le cas. J’y ai noté que le volume de circulation généré par la nouvelle installation fut évalué sur la base de celui existant présentement au Centre Booth, de taille plus réduite et situé au centre-ville. J’y ai noté aussi que l’analyse se préoccupe uniquement de la possibilité d’accéder à l’installation, et non des impacts de celle-ci sur la circulation.

Qu’est-ce qui explique qu’un projet d’au moins 20 million de dollars, dont les tenants et aboutissants concernent l’aménagement et la revitalisation d’une rue pour au moins 20 ans, ne se soit pas intéressé à l’impact d’un tel refuge sur la sécurité des transports?

Ce n’est certainement pas parce que le conseil municipal a ignoré les conséquences potentiellement négatives du refuge, en novembre 2017. Trois résolutions adoptées le 22 novembre font état des impacts du refuge sur la sécurité (61/7), la communauté en général (61/11) ou la revitalisation de Vanier (61/12). 

L’ignorance du refuge dans le cadre du projet de revitalisation est inexplicable. Comme disait Churchill, c’est un mystère enveloppé dans une énigme. (Pour la résoudre, cette énigme, il faudrait sans doute interroger le Sphynx qui a présidé à la décision d’amener le refuge à Vanier!)

S’il fallait absolument tenter une explication, je dirais, dans le meilleur des cas, que la Ville ne tient pas compte du refuge dans son projet de revitalisation en raison de l’appel en cours à la C.A.M.O. – ce qui dénoterait évidemment un grand manque de confiance en l’appel. 

Au pire, je dirai qu’il s’agit d’une décision incohérente qui dénote un manque de vision et de courage à l’égard du quartier Vanier et de notre communauté.

Je choisis pour ma part la deuxième explication. Il est clair, quand l’on marche tous les jours sur le chemin de Montréal, que la Ville d’Ottawa – et en particulier son conseiller actuel, M. Fleury – n’a aucune vision pour cette rue principale. En fait, oui, on peut dire qu’il s’agit d’une forme d’aveuglement, un aveuglement volontaire, ni plus ni moins que de l’incompétence enveloppée dans de la mauvaise foi.

* Vision Vanier